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«Dès
que j’ai senti la fumée, je n’ai pas réfléchi, j’ai sauté»
La façade latérale de l’immeuble est noire, totalement carbonisée du
rez-de-chaussée jusqu’au neuvième et dernier étage. Dans la nuit de samedi à
dimanche, les 141 résidents du foyer Adoma (ex-Sonacotra) de Dijon ont vécu un
cauchemar. Parti vers 1 h 30 d’un feu de poubelle pour une raison inconnue, dans
un appentis attenant à l’immeuble, l’incendie s’est propagé à une vitesse
fulgurante. Un habitant est mort en sautant du septième étage, sous l’effet de
la panique ; six autres ont péri asphyxiés : des hommes âgés de 40 à 60 ans, de
nationalité française, sénégalaise, algérienne et vietnamienne, selon la
préfecture. Onze autres résidents (dont trois enfants) de ce foyer accueillant
des demandeurs d’asile, y compris des familles, et des travailleurs ou retraités
migrants, ont été évacués dans un état grave par hélicoptère vers Lyon, Metz ou
Nancy, où ils ont été placés dans des caissons hyperbares. Arrivés sur les lieux
dix minutes après avoir été alertés, les pompiers ont dû dissuader des habitants
qui s’apprêtaient à sauter par les fenêtres et évacuer une partie des habitants
par échelles aériennes, le feu étant déjà très développé.
«Attente».En tongues sous la pluie, un homme résidant au
premier étage raconte : «Dès que j’ai senti la fumée, je n’ai pas réfléchi,
j’ai sauté.» «Par la fenêtre de ma cuisine, j’ai vu la fumée monter à toute
vitesse, j’ai attrapé ma fille de trois mois et suis descendue par l’ascenseur»,
raconte Mireille. Labyad, un Marocain qui habitait depuis six ans au quatrième
étage, du côté opposé, a réussi à empêcher la fumée d’entrer dans sa chambre :
«C’est l’alarme qui m’a réveillé. J’ai calfeutré la porte avec une
serpillière mouillée et j’ai pu attendre que la fumée se calme.» Comme
133 autres résidents légèrement intoxiqués, il a été évacué par bus vers le CHU
de Dijon puis, après examens, vers le palais des sports mis à disposition par la
ville pour accueillir les sinistrés. En fin d’après-midi, un par un, les
rescapés en bonne santé, quoiqu’en état de choc, sont allés chercher des
affaires, en particulier leurs précieux dossiers administratifs, dans leurs
chambres inutilisables selon la préfecture. Avec ces quelques biens, ils sont
repartis vers les logements d’urgence trouvés par la préfecture, la mairie et
l’office HLM, jusqu’à Chalon-sur-Saône ou Digoin.
«Notre cellule continue à chercher des solutions pour reloger les
90 résidents encore hospitalisés, au fur et à mesure de leur sortie. Nous
veillerons à ce que ceux qui ont un emploi restent à Dijon», assurait hier
après-midi Alain Millot, le premier adjoint au maire. De nombreux habitants de
ce quartier populaire de Fontaine-d’Ouche ont passé leur dimanche devant le
foyer, en quête de nouvelles. Les yeux rougis, Fatima et ses deux sœurs viennent
d’apprendre la mort de l’un des résidents sénégalais : «Nous le connaissions
depuis notre enfance, il vivait ici depuis des dizaines d’années, vendait des
sacs à main et des lunettes sur le marché. Il avait toujours le sourire,
toujours une blague à raconter.»
Remise aux normes.Face au drame, l’incompréhension domine,
la colère aussi, parfois : «On entasse les gens comme des animaux, dans des
chambres minuscules, dénonce Muépu, originaire de la République
démocratique du Congo, qui a vécu dans ce foyer. Il n’y avait même pas
d’issues de secours !» William, qui a perdu son grand-père de 66 ans dans
l’incendie, ne veut pas croire à un accident : «Comment le feu a pu monter
aussi haut, aussi vite ?» Le capitaine Roy, du service départemental
d’incendie et de secours de Côte-d’Or, a expliqué à l’AFP que l’incendie
«s’est propagé par la partie isolante du bâtiment, provoquant d’énormes
dégagements de fumée». La façade, en U, a aussi pu provoquer un effet de
cheminée. Le foyer avait fait l’objet d’une remise aux normes en 2004. Reste à
déterminer l’origine de l’incendie. «S’il s’agit d’un acte criminel, les
auteurs seront recherchés, identifiés et arrêtés», a déclaré le ministre de
l’Intérieur Brice Hortefeux qui s’est rendu sur les lieux hier.
Source : Le Point
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